IA: des experts réunis par l'ONU mettent en garde contre la rhétorique de la "peur"
Plusieurs experts membres d'un comité des Nations unies sur l'intelligence artificielle (IA) ont mis en garde lundi contre le discours apocalyptique tenu par plusieurs professionnels du secteur quant aux risques de l'IA.
"Investir dans la peur n'est pas vraiment efficace", a notamment déclaré Joëlle Barral, cadre chez Google DeepMind et membre du comité scientifique international indépendant sur l'intelligence artificielle.
Elle répondait à une question de l'AFP sur le décalage entre le ton adopté par le comité au sujet des dérapages de l'IA et de récentes prises de parole, en particulier celle de Jacob Coxon.
Employé démissionnaire d'Anthropic, passé auparavant par OpenAI, cet informaticien a affirmé début septembre que les développeurs de l'IA croyaient que cette technologie "pourrait tous nous tuer d'ici la fin de la décennie".
Un ingénieur de recherche qui avait quitté Google DeepMind en juillet a tenu des propos similaires, estimant même qu'il était "peut-être trop tard pour éviter" l'éradication de l'humanité par l'IA.
"Nous devons changer la façon dont nous parlons des risques de l'IA", a exhorté lundi Maria Ressa, co-présidente du comité, lors du même événement organisé à New York en marge de l'assemblée générale des Nations unies.
"Pendant longtemps", a-t-elle ajouté, l'IA du futur "c'était soit le risque existentiel, on allait tous mourir et les robots tueurs allaient venir, soit ça n'avait pas d'importance".
Pour elle, "la vérité est beaucoup plus nuancée et sophistiquée". "On ne peut pas transformer ça en idéologie", a-t-elle plaidé, "or on se dirige vers ça."
Le comité scientifique international indépendant sur l'IA a été créé en 2025 et ses membres sélectionnés en février 2026.
Il a pour mission de "faire progresser la compréhension scientifique (de l'IA)" et de nourrir les délibérations de l'ONU.
Pour Yoshua Bengio, considéré comme l'un des pères de l'IA et également co-président du comité, "il est vraiment important de distinguer les choses que l'on sait de ce qui pourrait être extrapolé".
"Le problème lorsqu'on se met à parler très fort", a-t-il commenté, "c'est que quelqu'un d'autre peut aussi se mettre à hausser la voix", alors qu'une discussion basée sur les faits et l'état de la science est susceptible de porter davantage, selon lui.
E.Figueroa--GBA