Inde : des dizaines de milliers de manifestants à New Delhi contre la commission électorale
Des dizaines de milliers de manifestants ont défilé lundi dans les rues de New Delhi, toujours sous très haute surveillance policière, pour exiger la démission du président de la commission électorale.
Depuis des semaines, l'opposition et le mouvement des "cafards", créé en ligne pour fédérer les colères de la Génération Z, sont mobilisés contre une révision des listes électorales, estimant qu'elle profite au Premier ministre, Narendra Modi.
Samedi et dimanche, les forces de l'ordre ont procédé à des milliers d'interpellations - plus de 20.000 selon la presse locale - pour empêcher les contestataires de manifester dans les rues de la capitale indienne.
La contestation a grossi ces derniers jours en fronde généralisée contre le gouvernement ultranationaliste hindou de M. Modi, accusé de dérive autoritaire depuis son arrivée au pouvoir en 2014.
À la pointe de la révolte, le chef de l'opposition, Rahul Gandhi, a appelé lundi à défiler jusqu'au siège de la Cour suprême pour exiger la démission du président de la commission électorale Gyanesh Kumar.
"Nous ne cesserons pas tant que la Constitution ne sera pas respectée", a-t-il répété.
"C'est plus grand que tout", s'est enthousiasmé auprès de l'AFP un manifestant, Anjali, 21 ans. "C'est un combat pour sauver ce pays, alors il est du devoir de chaque citoyen d'élever la voix et de protester jusqu'à ce que Gyanesh s'en aille".
"Ils (le gouvernement) ont pris le contrôle de tout", a renchéri une autre, Sonal, "alors nous sommes descendus dans la rue pour défendre nos droits, nos voix, la voix du peuple".
- "Faire la guerre" -
Sous l'œil impassible des nombreux policiers déployés, un cortège de plusieurs dizaines de milliers de personnes a défilé au milieu des drapeaux vert, blanc et orange, des pancartes et des slogans jusqu'au siège de la plus haute juridiction du pays.
Rahul Gandhi y a déposé une requête en annulation de la révision contestée des listes électorales.
Tout le week-end, les rues du centre de Delhi sont restées barricadées, la circulation interdite, les transports en commun suspendus et l'internet mobile bloqué pour empêcher le rassemblement de protestation organisé par les "cafards".
Né en mai, le Parti du peuple des cafards (CJP) a été créé en ligne pour fédérer la colère des étudiants contre le système éducatif, reprenant par dérision le terme de "cafards" utilisé contre les opposants par un juge. Il s'est imposé depuis comme un porte-parole de l'opposition à M. Modi.
"Qu'est-ce qui rend Gyanesh Kumar si indispensable à Modi pour qu'il soit prêt à faire la guerre à tout le monde ?" s'est interrogé lundi le fondateur du mouvement, Abhijeet Dipke.
M. Dipke et deux autres dirigeants du CJP ont été arrêtés à leur descente d'avion à New Delhi samedi, et retenus vingt-quatre heures en garde à vue. "Modi fait honte à l'Inde", a écrit le chef des "cafards" sitôt libéré, "le pays n'a jamais connu pire couard et pire brute".
Comme l'opposition parlementaire, le CJP a promis de poursuivre la contestation jusqu'au départ du président de la commission électorale.
- "Chaos et émeutes" -
"En discréditant les institutions constitutionnelles et en semant le chaos et les émeutes dans les rues, le parti du Congrès ne cherche qu'à prendre le pouvoir", a réagi lundi un dirigeant du Bharatiya Janata Party (BJP) au pouvoir, Shivraj Singh Chouhan.
La police n'a pas répondu aux accusations de violences ni publié de décompte des arrestations.
L'opposition et les "cafards" dénoncent la révision dite "spéciale" des listes électorales engagée en 2025 par la commission, et qui a permis de radier quelque 130 millions d'inscrits selon les données des médias.
Lancée pour supprimer les doublons, les décédés et les fraudeurs, la procédure est soupçonnée de viser en priorité les minorités, notamment les musulmans, pour le plus grand bénéfice du parti de M. Modi, semant ainsi le doute sur ses récentes victoires dans des élections locales.
La commission électorale et son président ont démenti toute irrégularité dans la procédure.
La précédente mobilisation des "cafards" en juillet dans les rues de New Delhi a contraint à la démission le ministre de l'Éducation, jugé responsable des fraudes récurrentes aux examens universitaires.
Cette crise a été largement perçue comme une défaite pour Narendra Modi, contraint de céder pour la première fois à la rue depuis 2014.
bur-pa/eba
P.Ruiz--GBA