Les Houthis accusent l'Arabie saoudite d'avoir mené des frappes meurtrières au Yémen
Les Houthis du Yémen ont accusé mardi l'Arabie saoudite d'avoir mené des frappes meurtrières contre un port stratégique sur la mer Rouge, plus d'une semaine après l'offensive qui leur a permis de consolider leur contrôle d'un détroit crucial pour les flux énergétiques mondiaux.
S'inquiétant d'une "instabilité économique mondiale", le G7 a exprimé son "entière solidarité" avec le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale et son allié saoudien, et pressé les Houthis pro-iraniens de cesser leurs attaques.
La reprise des hostilités au Yémen, avec une offensive éclair des Houthis vers le littoral de la mer Rouge qu'ils contrôlent désormais entièrement, affecte déjà fortement l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, avec une forte chute du trafic dans le détroit de Bab el-Mandeb, surtout des navires saoudiens.
Ce passage reliant l'Europe à l'Asie via la mer Rouge et le canal de Suez était devenu encore plus important pour l'Arabie saoudite depuis que l'Iran perturbe le trafic dans le détroit d'Ormuz de l'autre côté de la péninsule arabique.
- Civils tués au Yémen -
Ryad échoue pour l'heure à faire reculer les Houthis, malgré des bombardements quotidiens sur les zones du Yémen qu'ils contrôlent.
Des frappes aériennes dans la nuit sur la ville portuaire et stratégique de Mokha - désormais sous le contrôle des Houthis - ont tué six civils dont deux enfants et une femme, selon ces combattants pro-iraniens.
Ils ont aussi annoncé la mort dans d'autres frappes sur le nord-ouest du pays d'une femme et son enfant, ainsi que celle de neuf détenus dans une prison.
Les combats, principalement dans l'ouest du pays, ont par ailleurs fait 154 morts dans les rangs des forces gouvernementales et des Houthis ces deux derniers jours, ont indiqué des sources militaires dans les deux camps à l'AFP.
Les Houthis continuent eux à cibler le royaume saoudien, affirmant viser ses infrastructures énergétiques et militaires.
Mardi, les autorités ont alerté les habitants d'un risque d'attaques dans la province de Najran, près de la frontière avec le Yémen, une première depuis une rare attaque contre la capitale saoudienne Ryad samedi. Elle a ensuite été rapidement levée.
Les autorités saoudiennes communiquent peu sur les attaques des Houthis, mais elles émettent régulièrement des alertes de "danger potentiel", appelant les habitants à se mettre à l'abri.
Elles annoncent parfois, dans un second temps, des interceptions, des dégâts ou des victimes.
- Soutien du Royaume-Uni et de la France -
Dans ce contexte et avant l'Assemblée générale des Nations unies à New-York, une source diplomatique a indiqué à l'AFP que la France était "prête à contribuer" à la sécurisation des infrastructures énergétiques du stratégique port saoudien de Yanbu sur la mer Rouge - essentiel depuis le verrouillage d'Ormuz -, ainsi que de l'oléoduc est-ouest, également ciblé par une attaque.
Cette contribution se ferait dans le cadre d'une approche strictement défensive", a précisé cette source. "Il ne s'agit aucunement de prendre part au conflit avec les Houthis".
Côté britannique, le Premier ministre Andy Burnham a accepté selon plusieurs médias de fournir un soutien logistique militaire à Ryad pour l'aider à repousser les attaques des Houthis.
Des avions britanniques fourniront un ravitaillement "défensif" en vol aux avions saoudiens, a-t-il déclaré à des journalistes alors qu'il se rendait à New York.
Le président du Conseil présidentiel yéménite, soutenu par l'Arabie saoudite, a sollicité le soutien des Etats-Unis, lors d'un appel téléphonique dimanche avec Donald Trump, a indiqué lundi à l'AFP une source au sein de son entourage.
Le dirigeant américain a fait part à Rachad al-Alimi de sa solidarité mais n'a pas promis de soutien militaire, selon cette source.
D'après plusieurs médias, le prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de fait de l'Arabie saoudite, avait aussi exhorté le président Trump à intervenir et à frapper les Houthis, sans résultat à ce stade.
Dans un discours lundi, le dirigeant des Houthis, Abdel Malek al-Houthi, a mis en garde contre toute intervention des alliés saoudiens, notamment Turquie et Pakistan, signataires en août du pacte de défense de la Mecque avec l'Arabie saoudite.
La guerre au Yémen a éclaté en 2014 quand les Houthis ont pris le contrôle de la capitale Sanaa puis d'autres régions, déclenchant en mars 2015 une intervention militaire menée par l'Arabie saoudite.
Plus de 130.000 personnes ont été déplacées au Yémen et quelque 3.000 ont fui à Djibouti sous la pression de la reprise des combats début septembre selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui a dit mardi s'attendre à de nouveaux déplacements massifs ces prochains mois.
F.Alonso--GBA