Ceuta: les migrants renvoyés au Maroc, Madrid réclame une réunion européenne d'urgence
L'Espagne a estimé samedi que la situation à Ceuta était "quasiment" revenue à la normale après le retour au Maroc de "presque" tous les migrants arrivés ces derniers jours dans l'enclave, au coeur d'une crise migratoire qui s'est muée en querelle diplomatique au sein de l'Union européenne.
L'exécutif à Madrid a haussé le ton dans la matinée pour dénoncer le comportement "impardonnable" de certains dirigeants européens, dont la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, le Premier ministre Pedro Sánchez réclamant une réunion des ministres de l'Intérieur des Vingt-Sept.
Dépêché en urgence à Ceuta, le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska s'est de son côté félicité lors d'un point-presse de l'évolution "importante" de la situation sur place, où "un retour à la normale est en cours".
Sur les "50.000, 60.000" migrants arrivés du Maroc cette semaine comme l'a redit le ministre, plus de 48.000 sont déjà rentrés au Maroc, d'après le gouvernement espagnol.
Les habitants "peuvent se promener, font leurs courses, les commerces ont rouvert", a appuyé Fernando Grande-Marlaska, reconnaissant toutefois que "la crise n'est pas terminée".
Au moins 67 personnes sont mortes, notamment de noyades, en essayant d'entrer à Ceuta, a-t-il précisé, en donnant un nouveau bilan de ces "événements dramatiques".
- "Gagner notre vie, c'est tout" -
Sur place, des jeunes continuaient samedi matin à franchir la frontière en sens inverse, sous le regard de militaires et de la Garde civile espagnole, a constaté une journaliste de l'AFP.
L'AFP a aussi vu deux hommes sortir de l'eau sur la plage jouxtant la frontière, s'écroulant sur le sable visiblement à bout de force à leur arrivée.
"Un ami m'a appelé, il m'a dit que la frontière était ouverte", a raconté à l'AFP Soufiane, un Marocain de 42 ans, qui est arrivé à Ceuta lui aussi il y a quelques jours en nageant "trois, cinq minutes" dans l'espoir de rejoindre Madrid, à des centaines de kilomètres plus au nord, pour voir sa mère, "victime d'une leucémie".
Selon lui, l'afflux massif de migrants ces derniers jours montre "que tout le monde veut +monter+ (en Espagne) et souhaite avoir un bon avenir, qu'ils n'ont pas au Maroc".
Plus dans les terres, l'AFP a vu des centaines de migrants, dont beaucoup d'Africains subsahariens, attendre devant le centre d'accueil pour migrants, qui demeure fermé, la police bloquant son accès.
"En Afrique, il n'y a pas beaucoup d'opportunités. Alors on espère aller en Europe pour pouvoir travailler et gagner notre vie, c'est tout", a confié Souleye Bodian, un jeune Sénégalais de 19 ans.
- "Mémoire très courte" -
Ces migrants, principalement des jeunes hommes et des adolescents, et en très grande majorité des Marocains, étaient arrivés depuis le début de semaine en passant par la frontière terrestre ou la mer.
Ceuta, petit territoire de 84.000 habitants situé à la pointe nord du Maroc et bordant le Détroit de Gibraltar, forme l'une des deux frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe (avec l'autre enclave espagnole de Melilla).
Pour empêcher désormais les migrants de traverser à la nage, une barrière pneumatique de 500 mètres de long est en cours d'installation dans la mer Méditerranée, a constaté sur place l'AFP.
Les images de cette crise migratoire, inédite par son ampleur à Ceuta, a provoqué de vives critiques de la part de certains dirigeants de l'Union européenne, où les sujets de l'immigration et du contrôle des frontières de l'espace Schengen restent inflammables.
Dans une lettre adressée aux chefs des institutions européennes, le socialiste Pedro Sánchez, dont le gouvernement défend une approche ouverte en matière migratoire, à contre-courant de nombreux autres pays européens, a dénoncé leur attitude qui "va à l'encontre des intérêts à long terme" du Vieux Continent.
Son ministre Fernando Grande-Marlaska a, lui, dénoncé face aux journalistes "la mauvaise foi" de certains qui "ont la mémoire très courte", rappelant notamment le soutien de l'Espagne à l'Italie lors de la crise migratoire sur l'île de Lampedusa en 2023.
Depuis samedi, l'Italie, dont la Première ministre d'extrême droite Giorgia Meloni a vivement critiqué l'action des autorités espagnoles, a rétabli des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l'Espagne, qu'elle veut par ailleurs suspendre de l'espace Schengen, une mesure soutenue par la Finlande et le Danemark.
De son côté, la France a multiplié par cinq, à 334, le nombre de policiers et gendarmes en renfort à la frontière franco-espagnole, en pleines vacances d'été.
L.Carrizo--GBA