Gazeta Buenos Aires - Népal: après la dernière crue, l'angoisse des populations menacées

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Népal: après la dernière crue, l'angoisse des populations menacées
Népal: après la dernière crue, l'angoisse des populations menacées / Photo: Prakash MATHEMA - AFP

Népal: après la dernière crue, l'angoisse des populations menacées

Lorsque la vague d'eau et de débris a surgi dimanche dans cette vallée du district de Gorkha, dans le centre du Népal, Ajay Gurung, 33 ans, l'a vue emporter son magasin et tout son bétail en quelques minutes.

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"Tout a disparu", se désole-t-il à côté de sa maison à moitié enfouie sous une épaisse couche de boue. "Il va maintenant falloir que j'aille vivre ailleurs".

D'ordinaire paisible, la rivière Budhi Gandaki s'est transformée en un fleuve furieux lorsque le barrage formé par les débris d'une avalanche de glace qui bloquaient son cours a rompu.

Il y a six semaines à peine, une autre vague causée par le même phénomène a semé la désolation dans une autre vallée du nord du pays, dans le district de Rasuwa près de la Chine, faisant au moins 1.400 morts, plus de 5.000 disparus et des dégâts considérables.

Dimanche dernier, les autorités ont eu le temps de donner l'alerte aux populations. Le dernier bilan de la crue ne fait état "que" de six disparus.

Même s'il a tout perdu, Ajay Gurung sait qu'il a eu de la chance. Guide depuis près de vingt ans pour les randonneurs qui empruntent le circuit du mont Manaslu (8.163 m), il dit n'y avoir jamais observé autant de glissements de terrain.

"A l'avenir, plus aucun village construit sur les berges des rivières qui s'écoulent au milieu des montagnes ne pourra survivre", anticipe-t-il.

Les flots qui ont soudainement grossi la Budhi Gandaki n'ont rien épargné d'Arughat et des autres villages en aval. Plus de 200 maisons, 5 ponts et trois centrales hydroélectriques ont été détruits.

- "C'est nous les victimes" -

"J'avais une plantation de bananes, elle a aussi été emportée", indique Lal Kurmari Thapa. "Il ne nous reste plus rien, sauf une petite cabane qui a miraculeusement résisté".

"Certains n'ont plus un morceau de toit", ajoute-t-elle pour se consoler, "ni même de vêtements".

Les inondations et les glissements de terrain sont fréquents dans toutes les vallées du Népal, notamment pendant la mousson d'été (juin-septembre).

Les experts confirment que la fréquence et la violence de ces épisodes sont aggravées par le réchauffement de la planète, qui accélère la fonte des glaciers et déstabilise la géologie de tout l'Himalaya.

"Comprendre ce qui a provoqué cette crue est essentiel pour réduire les risques et renforcer notre résilience à l'avenir", a indiqué le directeur du Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD), Pema Gyamtsho.

"Nous avons connu cette année plusieurs désastres d'affilée, l'impact du changement climatique est évident", insiste le chef de l'autorité en charge de la gestion des catastrophes, Dharam Raj Uprety.

"Cette récurrence montre qu'il est devenu nécessaire de surveiller nos montagnes et d'améliorer l'efficacité de nos systèmes d'alerte", renchérit Basanta Raj Adhikari, le directeur du centre d'études sur les désastres de l'université Tribhuvan à Katmandou.

Le gouvernement assure en avoir fait une priorité.

Pour les survivants de la crue du district de Gorkha comme Dil Kumari Thapa Magar, la menace est devenue réelle et immédiate.

"Nous avons évidemment suivi de près l'inondation catastrophique du district de Rasuwa. C'était loin mais nous étions déjà inquiets", confie-t-elle. "Maintenant c'est nous les victimes".

D.Flores--GBA