Nouveaux heurts à Paris et Lyon, Macron prend la parole
De nouvelles tensions ont éclaté dimanche à Paris et Lyon au lendemain d'une journée de chaos et de pillages en France en marge de la mobilisation contre la "vie chère", mettant sous grosse pression le gouvernement et sur Emmanuel Macron, qui va s'exprimer à 20H00.
Epicentre de la mobilisation parisienne et des heurts de samedi, la place de la République a été de nouveau le théâtre d'affrontements dimanche après-midi avec les forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule.
Des magasins ont également été pillés dans le quartier, où la CRS 8, une unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, a été déployée pour le deuxième jour d'affilée.
A Lyon, une intervention policière a mis en échec un groupe d'une cinquantaine de jeunes qui tentaient de briser les vitres d'un magasin Lacoste.
Eclipsant comme ailleurs les revendications sur le pouvoir d'achat et le mal-être de la jeunesse, plus de 30.000 pilleurs ont été dénombrés dans la seule ville de Marseille par la préfecture. Le maire Benoît Payan (DVG) avait dès samedi "demandé des comptes" sur les insuffisances du dispositif policier.
Le président Emmanuel Macron doit s'adresser aux Français à 20H00, au lendemain d'une journée de "la colère" lycéenne et sociale qui s'est soldée par quelque 2.000 interpellations et 600 blessés dans les rangs policiers.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, dont la démission est réclamée à gauche et à l'extrême droite, s'exprimera dans la foulée au JT de 20H de TF1.
"Nous vivons une crise profonde de confiance, d'autorité, qui fait peser une menace sur la démocratie", a affirmé Marine Le Pen, candidate désignée du Rassemblement national à la présidentielle qui se tient dans six mois.
Si Emmanuel Macron continue à jouer le "pourrissement", la situation risque de devenir "incontrôlable", a pour sa part prévenu le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon sur LCI.
- Colère et désolation -
Mairies attaquées, magasins saccagés, rues jonchées de débris... Dans les nombreuses villes touchées par les violences, l'heure était au bilan, à la désolation et parfois à la colère. "C'est lamentable, effarant, des meutes de jeunes qu'on a vues hier ici, qui pillent, qui cassent en toute impunité", a déploré Cécile Rogue, 57 ans, à Paris.
Même sentiment devant la mairie de Limoges, dévastée par les flammes. "Mes enfants se sont mariés ici, ça fait mal au cœur", confie Jean-Louis, un riverain retraité. "On peut avoir des revendications sans tout casser". Quelque 7.000 personnes, dont de nombreux élus, se sont rassemblées dimanche dans la ville pour exprimer leur émotion.
A Lyon ou à Paris, des volontaires sont venus spontanément déblayer les rues du centre-ville jonchées de débris, pour conjurer leur impuissance. "J'avais pas de mots et je voulais me sentir utile", explique Clémentine, 47 ans, croisée dans la capitale des Gaules.
Dans toute la France, pas moins de 1.500 commerces ont été pris pour cible samedi, selon Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), évaluant les dégâts à "plusieurs centaines de millions d'euros".
Habitué des grandes mobilisations, le pays a déjà connu des épisodes de violences avec les gilets jaunes en 2018-2019, les émeutes provoquées par la mort de Nahel en 2023 ou les manifestations contre la réforme des retraites la même année. Mais la journée de samedi marque, selon certains observateurs, un point de bascule.
"Je n'ai jamais vu ça même au plus fort des gilets jaunes", confiait un représentant des forces de l'ordre à Rennes. Cette journée marquera "sans doute une césure", selon le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung choqué par le niveau de violences à l'unisson de la presse étrangère.
- "Risque pour la Nation" -
Choqués par les pillages et les destructions, plusieurs maires veulent comprendre comment des casseurs ont pu agir en toute impunité samedi, selon eux.
La mobilisation a été "plus importante que les prévisions" obligeant à adapter "le dispositif en temps réel", a admis le préfet du Nord Bertrand Gaume.
Une commission d'enquête parlementaire sur les violences sera créée et portera également sur la stratégie de maintien de l'ordre, a annoncé la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance).
Samedi, de nombreux manifestants ont rapporté avoir été "nassés" et aspergés de gaz lacrymogène par les forces de l'ordre et certains d'entre eux ont été grièvement blessés.
A Saint-Etienne, un manifestant de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade et à Mulhouse, une jeune femme du même âge a perdu un oeil, conduisant à une saisine de l'IGPN, la police des polices.
C'est "un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd", avait estimé samedi soir le Premier ministre Sébastien Lecornu.
La crise française n'est pas passée inaperçue à l'étranger. "La France brûle", a écrit le président américain Donald Trump, estimant que le pays était "brisé" par l'immigration.
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W.Rojas--GBA