Face à l'animateur Arthur, la cyber "meute" de l'antisémitisme en procès
"Peuple de voleurs", "youpins", "agresseur sexuel et sioniste" : le procès mercredi de quatre hommes, poursuivis pour avoir cyberharcelé fin 2024 l'animateur Arthur, a exposé un échantillon de l'antisémitisme haineux qui se déverse sans retenue sur les réseaux sociaux.
Pour le procureur Esteban Grandin-Martin, qui a réclamé des peines de six mois à un an de prison avec sursis, les prévenus sont "l'arbre qui cache la forêt" des milliers d'internautes participant à cet "effet de meute", se pensant protégés par l'anonymat ou la masse des messages.
Cette vague de cyberharcèlement le visant, "ça devait être la troisième", raconte au tribunal correctionnel de Paris Arthur, de son vrai nom Jacques Essebag, 60 ans, qui raconte son "enfer au quotidien".
La première, il eut à l'affronter à l'automne 2023 après une interview où il évoquait les otages israéliens à Gaza après l'attaque du Hamas du 7-Octobre.
La campagne de haine examinée mercredi est née d'un montage d'extraits d'une émission des années 2000 qu'il animait, alléguant de "comportements sexistes" envers des candidates.
Elle déclenche en décembre 2024 une pluie de commentaires antisémites. "Agresseur sexuel et sioniste ça va ensemble", twitte Enzo M., 26 ans, venu s'expliquer depuis sa commune cossue de Normandie, en recherche d'emploi après un master en marketing.
"Les juifs doivent sortir de l'audiovisuel", lâche sur YouTube Tahar K., 69 ans, qui vit seul dans son appartement marseillais, malade, en proie à la dépression et à une grosse consommation d'alcool.
A Villiers-le-Bel (Val-d'Oise), Jean-Elie M., 31 ans, sans emploi, s'en prend lui sur X à "ce peuple de voleur dégueulasse" (sic).
Quant à Alain R., 77 ans, sympathisant alsacien de François Asselineau, souverainiste régulièrement accusé de complotisme, il choisit son compte Telegram "Complot du nouvel ordre mondial", pour arguer que "ces youpins se permettent vraiment tout".
- "Un peu à chaud" -
Quatre internautes, étrangers les uns aux autres, aux vies anonymes, qui n'ont pas immédiatement compris leur interpellation en mai 2026 et dont la défense assure qu'ils n'avaient pas conscience de participer à une campagne de harcèlement.
Piteux, Enzo M., qui twitte surtout sur le foot, le rap et les jeux vidéo, parle d'une "réaction un peu à chaud, seul dans (son) coin". Quand il s'en prend aux "sionistes", c'est au gouvernement israélien qu'il en veut, pas aux juifs, s'efforce-t-il d'argumenter.
Ce "peuple" que Jean-Elie M. fustige ne désignerait pas plus les juifs mais "les Caucasiens qui allaient prendre les peuples noirs pour les esclavagiser", assure ce trentenaire. Quand l'avocate d'Arthur, Jade Dousselin, lui oppose des tweets antisémites ultérieurs, il lâche: "C'était juste pour rigoler."
Alain R., absent pour raisons de santé, a lui invoqué devant les enquêteurs "l'exutoire" des réseaux sociaux. "Ce n'est pas méchant ce que je dis", s'était de son côté défendu Tahar K., également absent. Mais, avait-il dit aux policiers, "les juifs (devraient) mesurer leurs propos dans l'intérêt des Français".
- "Que ça s'arrête" -
"La haine commence rarement par un geste. Elle commence par un mot, un discours, par ce qu'on présente parfois comme un trait d'humour", dénonce Me Dousselin. Elle demande à son client: "Est-ce que vous avez peur ?"
Alors Arthur raconte : quand il sort de voiture, il doit suivre un protocole de sécurité ; au restaurant, il ne s'assied jamais contre la vitre ; quand sa fille de 11 ans va dans la cuisine boire la nuit, elle passe devant un des "neuf hommes armés" qui protègent sa famille.
Il est "insupportable" d'"expliquer à mes enfants que des hommes armés doivent les accompagner à l'école, juste parce qu'ils sont juifs", dit Arthur. "C'est la première fois que ma judéité rentre dans le prisme des gens qui m'écrivent, qui m'insultent", "qui me menacent".
Certes, explique Arthur à l'AFP, les prévenus ne présentent pas le profil d'agresseurs potentiels, mais ils appartiennent à la "meute" qui nourrit les algorithmes de la haine. "A un moment, il faut que ça s'arrête", dit-il au tribunal, qui rendra sa décision le 16 décembre.
H.Salazar--GBA