Gazeta Buenos Aires - Inquiétudes sur l'avenir des Forges de Tarbes et de ses corps d'obus utilisés en Ukraine

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Inquiétudes sur l'avenir des Forges de Tarbes et de ses corps d'obus utilisés en Ukraine
Inquiétudes sur l'avenir des Forges de Tarbes et de ses corps d'obus utilisés en Ukraine / Photo: Ed JONES - AFP/Archives

Inquiétudes sur l'avenir des Forges de Tarbes et de ses corps d'obus utilisés en Ukraine

Salariés ainsi que responsables politiques et syndicaux expriment leur vive inquiétude pour l'avenir des Forges de Tarbes, seule usine française produisant des fûts d'obus de 155 mm, notamment utilisés par les forces ukrainiennes, alors que son propriétaire, Europlasma, vient de demander l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire.

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"On est dans une dégringolade qui est très, très inquiétante", a résumé pour l'AFP la députée des Hautes-Pyrénées Sylvie Ferrer (LFI).

Ce site industriel, qui est l'un des derniers vestiges de l'ancien arsenal de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées, emploie actuellement une soixantaine de salariés produisant les fûts d'obus notamment utilisés par les dizaines de canons Caesar fournis par la France à l'Ukraine.

En 2023, le groupe Europlasma, propriétaire du site depuis deux ans, promettait une modernisation de cette usine vieillissante pour augmenter les cadences et atteindre les 15.000 fûts d'obus produits par mois en 2025.

"Là, je crois que pour fin novembre, ils finissent de produire 30.000 corps d'obus (prévus pour l'année 2026, NDLR) et ensuite c'est l'inconnu, voilà", a affirmé Mme Ferrer.

Dans une lettre ouverte rendue publique début octobre, les salariés confiaient leur désespoir. "Nous avons le sentiment de ne pas être soutenus, ni entendus", regrettaient-ils, demandant "solennellement l'intervention de l'État".

Ils expliquaient notamment n'avoir jamais vu venir les investissements promis et déploraient l'absence de communication de la direction.

- "Cessation de paiement" -

L'actualité du groupe a également fait grandir leur inquiétude, deux autres sites d'Europlasma, Fonderie de Bretagne et le métallurgiste nordiste Valdunes, étant l'une en liquidation judiciaire et l'autre en quête d'un repreneur.

"Aujourd'hui, on est dans une situation où on est en état virtuel de cessation de paiement" de l'usine, a alerté José Navarro, syndicaliste CGT dans les Hautes-Pyrénées, s'exprimant pour les représentants actuels de son syndicat dans l'usine, réticents à prendre la parole après les poursuites judiciaires engagées par la direction contre deux de leurs prédécesseurs.

Jeudi soir, la direction d'Europlasma a confirmé, dans un communiqué, avoir sollicité "auprès du tribunal de commerce de Tarbes l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, après information et consultation du comité social et économique réuni ce jour (jeudi) en réunion extraordinaire".

"Les salariés sont particulièrement amers", selon M. Navarro, qui déplore l'absence d'écoute gouvernementale alors que "ça fait des semaines et des mois que la situation est pourrie".

Interrogés par l'AFP, les ministères de l'Industrie et des Armées n'ont pas donné suite.

Et l'amertume des salariés a été encore avivée la semaine passée lorsque l'information d'un signalement au parquet de la situation de l'usine par la Direction générale de l'Armement (DGA), a été rendue publique.

Sollicitée par l'AFP, la DGA, dont des représentants se sont rendus sur le site mi-octobre, a dit avoir saisi la procureure de la République de Tarbes pour "lui signaler des décisions de gestion récentes de l'entreprise qui semblent avoir précipité la dégradation rapide" de sa situation financière.

Europlasma se "tient naturellement à la disposition des autorités compétentes", avait affirmé vendredi le groupe, dans un communiqué.

- Enquête parlementaire -

Le groupe, initialement spécialisé dans le secteur de la dépollution, a largement creusé ses pertes en 2025, selon ses derniers résultats annuels publiés en juin, reconnaissant des "tensions de trésorerie" en raison notamment du "caractère déficitaire de la majorité de ses activités".

Il avait annoncé en avril sa volonté de céder ses activités de défense et dit être en discussion avec "un industriel français". Mais huit mois plus tard, aucune annonce n'est venue confirmer ces premières déclarations.

Les dirigeants du groupe ont par ailleurs été auditionnés dans le cadre d'une enquête parlementaire sur la "prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs".

"Il n’est pas acceptable qu’une usine aussi stratégique pour la défense nationale mais aussi européenne soit soumise à tant d'incertitudes", a dénoncé la présidente (PS) de la région Occitanie, Carole Delga, qui appelle le gouvernement à agir.

"Les investissements doivent être faits pour maintenir le site en bon fonctionnement", a-t-elle ajouté, alors que la préfecture des Hautes-Pyrénées a pris le 9 octobre un arrêté demandant la mise en conformité de certains équipements de l'usine d'ici fin décembre, faute de quoi leur mise à l'arrêt sera ordonnée.

D'autres élus vont plus loin et accusent Europlasma de "fraude", comme le député LFI Aurélien Saintoul, membre de la commission de la Défense de l'Assemblée.

Étant donné l'urgence de la situation des sites de l'entreprise, a précisé M. Saintoul, le groupe LFI entend déposer un amendement demandant sa nationalisation.

E.Prieto--GBA