A Bruxelles, le bras de fer budgétaire entre dirigeants européens est engagé
Le compte à rebours est lancé. Les dirigeants européens ont entamé jeudi à Bruxelles un bras de fer autour du prochain budget de l'UE, avec une préoccupation majeure: parvenir à le boucler avant la cascade d'élections en 2027, à commencer par la présidentielle française.
L'Union européenne peut s'attendre à de "très, très difficiles" négociations, a averti, dès son arrivée dans la capitale belge, le chancelier allemand Friedrich Merz, même s'il croit encore possible de trouver un accord avant la fin de l'année.
Des milliers de milliards d'euros sont en jeu, pour financer les grandes priorités de l'UE jusqu'en 2034, de l'agriculture à la défense, de la compétitivité à l'immigration.
Et plusieurs arbitrages de taille restent à trouver.
Il s'agit par exemple de décider le montant alloué aux agriculteurs et aux régions européennes, la taille de l'enveloppe pour l'Ukraine et la défense, quelle place accorder à l'IA ou si cet argent servira ou non à financer des centres pour migrants en Afrique.
Autant de questions que nombre de chefs d'Etat et de gouvernement des 27 Etats membres de l'UE souhaitent trancher avant Noël.
Car, pour plusieurs d'entre eux, le temps presse.
De l'Italie à la Pologne, de la Grèce à la France, en passant par la Finlande, 2027 sera une année d'élections, qui pourrait porter au pouvoir des dirigeants eurosceptiques susceptibles de rebattre les cartes des négociations budgétaires.
- Coup de pression de Le Pen -
Tous les yeux sont évidemment rivés sur l'élection présidentielle française, où la candidate de l'extrême droite Marine Le Pen caracole en tête des sondages.
La cheffe de file du RN, qui promet un fort rabais de la contribution française au budget de l'UE si elle arrive au pouvoir, réclame que ces fonds ne soient pas adoptés avant 2027.
La candidate française s'est rendue à Bruxelles à la veille du sommet pour tenter de faire monter la pression.
"Tout cela n'est pas sérieux", a-t-elle déploré lors d'une conférence de presse, estimant qu'adopter le budget avant ces échéances électorales serait un "scandale démocratique".
A en croire un diplomate européen interrogé par l'AFP, la candidate française sera "dans la salle", ou en tout cas dans tous les esprits, au moment où les dirigeants ferrailleront autour du budget.
Sur ce dossier, deux camps s'opposent.
- Macron contre Merz -
Il y a d'un côté les partisans d'un budget ambitieux -- on retrouve ici la France d'Emmanuel Macron, mais aussi des pays comme la Pologne, l'Italie ou l'Espagne qui réclament plus de fonds pour l'agriculture et la cohésion sociale et territoriale.
"Nous sommes face à une proposition clairement insuffisante", a ainsi lancé jeudi le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez.
"Il est important de comprendre que ce budget doit être ambitieux et que son montant est crucial", a renchéri le président lituanien Gitanas Nauseda.
Il y a de l'autre les "frugaux", emmenés par l'Allemagne de Friedrich Merz, la Suède ou les Pays-Bas, qui réclament des coupes massives à la proposition de budget mise sur la table par la Commission européenne -- environ 2.000 milliards d'euros -- à l'heure où les budgets nationaux sont tous sous pression.
Pour les Pays-Bas, "le compte n'y est pas", a averti à son arrivée à Bruxelles le Premier ministre néerlandais Rob Jetten, qui plaide pour des arbitrages en faveur de la "modernisation" de l'UE, quitte à sabrer dans les dépenses agricoles ou la cohésion.
L'Irlande, qui occupe la présidence tournante de l'UE, a proposé samedi des coupes à hauteur de 140 milliards d'euros par rapport à la proposition initiale de Bruxelles, en réduisant notamment les dépenses dédiées à la compétitivité ou à l'aide au développement.
Mais cette idée n'a satisfait aucun camp.
Afin d'abonder ce budget, Paris pousse depuis plusieurs mois pour de nouvelles recettes européennes, obtenues grâce à une taxe sur les services numériques, les crypto-actifs ou les jeux d'argent.
Après avoir débattu du budget et des relations avec la Chine, les dirigeants européens tourneront leur attention vendredi vers l'Ukraine, en présence du président Volodymyr Zelensky, attendu dès jeudi dans la capitale belge.
E.Gallo--GBA