A Lorient, la frégate suédoise prend corps et Naval Group lorgne le Danemark
Dans un concert de bruits sourds et stridents, au milieu de l'odeur de fer des ateliers bretons du français Naval Group à Lorient, les premières tôles de la future frégate suédoise sont découpées, à peine un mois après la signature du contrat.
Face à la menace russe, les FDI (frégates de défense et d'intervention), compactes, multimissions et dotées de moyens de lutte antidrones trouvent de plus en plus de preneurs en Europe avec des contrats grecs et suédois.
Membre de l'Otan depuis 2024 et soucieux de renforcer la défense aérienne et navale en Baltique et Atlantique Nord, Stockholm en a commandé quatre pour 4,3 milliards d'euros fin août avec une première livraison prévue en 2030, un délai très court pour un navire de guerre.
Au Danemark, Naval Group est en lice face au britannique Babcock, comme en Suède, pour quatre futures frégates.
Il y a cinq ans, avant la guerre en Ukraine, le groupe public qui construit aussi des sous-marins et le futur porte-avions français n'avait aucune activité commerciale en Europe.
- "Concentré de capacités" -
"On a un design qui n'est pas que dans les PowerPoints, notre frégate participe aux opérations" et "on peut servir rapidement nos clients", explique à l'AFP Jean-Marie, directeur du programme FDI de Naval Group. Comme pour les militaires en mission, son nom ne peut pas être dévoilé pour des raisons de sécurité.
"La FDI, c'est un concentré de capacités éprouvées au combat", assure Michaël, responsable marketing et ancien commandant de frégate.
Avec son radar Sea Fire qui surveille en permanence les 360 degrés autour du navire, la FDI peut détecter et suivre une menace aérienne.
Elle dispose de missiles Aster pour intercepter les missiles balistiques et de canons de 20 mm ou de systèmes de défense rapprochée comme le Rempart qui permettent de détruire les drones avec des munitions moins coûteuses. Une nouveauté pour répondre au problème aigu du coût asymétrique, quand un missile très cher est tiré contre un drone bon marché.
La FDI est conçue pour pouvoir embarquer et utiliser des drones.
Sonar de coque, sonar remorqué, sonar Flash immergé depuis un hélicoptère et bouées acoustiques permettent de détecter un sous-marin à longue distance, avant de l'attaquer avec les torpilles du navire ou de l'hélicoptère.
La forme de la coque, conçue pour casser les ondes radar, réduit la signature du navire et le rend plus difficile à détecter, dans la continuité du savoir-faire de Naval Group dans les sous-marins.
- Six mois de production en moins -
Sur le site de Lorient, les frégates destinées à la France, à la Grèce et à la Suède sont construites en parallèle, dans le vacarme des ateliers, l'agitation autour d'immenses structures d'acier à souder.
À quai, la frégate Amiral Louzeau, mise à flot en mai et qui doit être livrée à la Marine française fin 2027, porte encore les traces du chantier : équipements protégés par des bâches, câbles courant sur les sols et installations en cours de montage.
Pour accélérer la production, Naval Group y investit 15 millions d'euros par an dans la modernisation du processus industriel, selon le directeur du site Emmanuel Chol.
Dans l'atelier coque, des pièces d'acier déjà découpées portent un marquage sans ambiguïté : "FD8", pour la future frégate suédoise.
"C'est là que tout démarre", explique Hervé, expert opérationnel.
"On prend l'initiative de commencer à couper de la tôle pour faire des bateaux avant même d'avoir la commande. Les premiers morceaux pour FD8 ont été coupés en avril. On a signé le contrat le 31 août", raconte Jean-Marie.
Pour gagner du temps, Naval Group construit en parallèle de la coque une imposante structure qui regroupe les radars, les capteurs et le centre de commandement de la frégate.
C'est le "cerveau du bateau" appelé PSIM (Panoramic Sensors and Intelligence Module), une grande tour qui pèse environ 150 tonnes et constitue le coeur du système de combat.
Il sera connecté au reste du bateau et "dès la première sortie en mer, on peut lancer les essais des systèmes de combat", explique Hervé.
Un procédé qui permet de gagner "six mois à un an" sur quatre ans du cycle de la fabrication d'une frégate, souligne Jean-Marie.
Q.Romano--GBA