La Malaisie commence à renvoyer des ressortissants birmans, inquiétude de l'ONU
La Malaisie a commencé mardi à renvoyer vers la Birmanie près de 1.500 Birmans, ont constaté des journalistes de l'AFP, première phase d'un programme qui pourrait mettre en danger ces personnes en les envoyant dans un pays déchiré par la guerre, selon l'ONU.
Il s'agit du premier groupe sur un total de 5.000 ressortissants birmans ayant accepté selon Kuala Lumpur un rapatriement "volontaire" depuis des centres de détention, au moment où la Malaisie voit augmenter l'hostilité à l'égard des exilés.
Le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s'est dit "inquiet" mardi, estimant que la poursuite des combats et les violations généralisées des droits humains en Birmanie ne permettaient pas des retours "sûrs, dignes et durables".
"En vertu du droit international, nul ne doit être renvoyé vers un pays où il risquerait de subir des persécutions, la torture, des préjudices graves ou d'autres menaces pesant sur sa vie, sa liberté et sa sécurité", selon le HCR.
Des associations de défense des droits humains soulignent que les mauvaises conditions de détention des Birmans concernés ont pu les pousser à accepter le programme.
Elles relèvent la dangerosité d'un retour en Birmanie, ravagée par la guerre civile depuis le coup d'Etat militaire de 2021.
Mais cette minorité musulmane constitue les deux tiers des 190.000 réfugiés et demandeurs d'asile birmans en Malaisie, selon l'ONU.
Des centaines de milliers de Rohingyas ont fui la Birmanie après une violente opération militaire lancée en 2017, qui fait l'objet d'une procédure pour génocide devant la Cour internationale de justice.
Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim a annoncé en juillet que la Birmanie avait accepté le retour de 5.000 membres de la minorité rohingya.
Des dizaines de bus sont arrivés mardi sous escorte policière dans un stade près de la base navale de Lumut, dans le nord-ouest de la Malaisie, où les personnes concernées ont été prises en charge, ont constaté des correspondants de l’AFP.
Mardi après-midi, des journalistes de l'AFP ont vu trois navires appartenant à la marine birmane quitter la base navale de Lumut vers 17h00 (heure locale, 09h00 GMT).
Dans un communiqué, le ministère malaisien de l'Intérieur a confirmé que les rapatriements étaient en cours.
"Aujourd’hui, 1.476 personnes ont entamé la première phase du programme de rapatriement, sur la base d'une liste transmise par le gouvernement birman via une note diplomatique officielle, indique le texte.
- "Problème hérité" -
Pour le ministère, ce rapatriement vise à résoudre le "problème hérité" des demandeurs d'asile étrangers en Malaisie, dont il affirmait que 95% étaient originaires de Birmanie.
"Ce problème de longue date a imposé un lourd fardeau financier au pays, déclenché de graves crises sociales et engendré de réelles menaces pour la sécurité du peuple malaisien", selon le communiqué.
La semaine dernière, plus de 160 associations de la société civile ont appelé le gouvernement malaisien à "cesser immédiatement les expulsions", dans l'attente de discussions avec des associations sur la situation en Birmanie.
Anwar Ibrahim a par ailleurs dit vouloir inviter le chef de l'armée birmane devenu président, Min Aung Hlaing, qui avait dirigé le coup d'Etat de 2021, afin de discuter de la poursuite des rapatriements.
Mais les associations ont souligné que "les relations de la Malaisie avec la junte ne devaient pas se faire au détriment de sa propre réputation et de son intégrité".
La Birmanie a assuré plus tôt ce mois-ci garantir un retour "sûr et digne" pour ses citoyens déplacés à l'étranger.
Mi-août, 10.388 Birmans étaient détenus dans des centres de rétention en Malaisie, selon le ministère malaisien de l'Intérieur.
La Malaisie n'est pas signataire de la Convention relative au statut des réfugiés de 1951 et ne reconnaît pas officiellement le statut de réfugié.
Des fact-checkers de l'AFP ont montré que les Rohingyas en Malaisie avaient été ciblés par des campagnes de désinformation en ligne, qui renforcent la xénophobie et les actes d'intimidation selon des défenseurs des droits humains.
A.Torres--GBA