Divisé, le Congrès américain peine à agir pour réguler l'IA
Le Congrès américain a repris ses travaux lundi au moment où les mises en garde se multiplient contre le risque de voir l'intelligence artificielle échapper dangereusement à tout contrôle, sans qu'un accord se dessine sur l'opportunité ou les modalités d'une intervention de Washington.
La Chambre des représentants ne siégera que quatre jours d'ici aux élections de mi-mandat, le 3 novembre, et les élus sont divisés non seulement entre les deux partis, mais aussi au sein de chacun d'eux.
Le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a réclamé lundi la tenue d'une réunion d'information classifiée pour les sénateurs sur les risques liés à l'IA.
"Les signaux d'alarme retentissent plus fort que jamais, et l'administration Trump détourne le regard", a déclaré Chuck Schumer.
"Si Trump n'agit pas, le Congrès doit le faire."
L'alerte a été lancée la semaine dernière par Jacob Coxon, un chercheur démissionnaire d'Anthropic et ancien d'OpenAI, qui a accusé les deux entreprises de "jouer avec nos vies" dans la course au développement de systèmes capables de s'améliorer eux-mêmes.
Le patron d'Anthropic, Dario Amodei, lui a emboîté le pas samedi en plaidant en faveur d'une décélération dans le développement de l'IA.
Il a été soutenu par son homologue d'OpenAI, Sam Altman, ainsi que par Elon Musk.
Ces mises en garde sont intervenues après plusieurs incidents qui ont fait craindre que les concepteurs d'agents d'IA ne perdent le contrôle.
- "Conspiration malsaine" -
L'administration Trump s'oppose depuis des mois à toute régulation du secteur, estimant que des mesures trop strictes aux Etats-Unis donneraient l'avantage à Pékin.
"Une CONSPIRATION MALSAINE est à l'oeuvre contre l'IA et les centres de données, et la seule qui s'en réjouit, c'est la Chine", a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social lundi, estimant que "le seul contrôle ou +garde-fou+ dont a besoin l'IA est un PRÉSIDENT FORT ET INTELLIGENT (Q.I. élevé !) et les Etats-Unis en ont en pagaille".
Le président de la Chambre des représentants, le républicain Mike Johnson, a tenu un discours similaire dimanche.
"Si le Congrès se hâte et convoque une session extraordinaire pour essayer de réguler l'IA, nous allons perdre la course contre la Chine", a-t-il déclaré à CNN, appelant à ne pas "étouffer l'innovation".
Il se trouve ainsi en désaccord avec l'élue républicaine de Floride Anna Paulina Luna, qui a appelé à une session spéciale consacrée à l'IA.
M. Johnson préconise plutôt que le Congrès s'entretienne avec les dirigeants des principales entreprises d'IA, une idée qu'il dit avoir soumise à Donald Trump.
- Plusieurs propositions -
De son côté, le chef des démocrates à la Chambre, Hakeem Jeffries, a estimé que les élus devaient "agir d'urgence" et promis que l'IA serait une priorité pour son parti.
Mais les démocrates sont eux aussi divisés. Le sénateur de gauche Bernie Sanders souhaite interdire la "superintelligence artificielle" et suspendre le développement des systèmes avancés, tandis que d'autres privilégient des mesures plus ciblées.
Plusieurs propositions, soutenues par des élus des deux camps, ont été introduites en ce sens à la Chambre, mais aucune ne semble en passe d'être adoptée avant que les élus ne quittent Washington pour faire campagne.
Au Sénat, les élus enquêtent également sur les risques existentiels de l'IA et travaillent sur un projet de loi imposant aux entreprises de tester leurs systèmes et de signaler les dangers.
Au-delà des clivages partisans, les obstacles sont aussi institutionnels: l'IA concerne la sécurité nationale, l'emploi, l'énergie et la protection des consommateurs, des domaines qui relèvent de plusieurs commissions travaillant rarement de concert.
Washington ne part toutefois pas de zéro.
L'administration Trump a établi, début août, un mécanisme d'examen des nouveaux modèles d'IA de pointe par le gouvernement, mais il est basé sur le volontariat et ses modalités n'ont pas été communiquées.
E.Navarro--GBA