Gazeta Buenos Aires - Derrière l'impuissance des politiques sur le pouvoir d'achat, une colère sourde

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Derrière l'impuissance des politiques sur le pouvoir d'achat, une colère sourde
Derrière l'impuissance des politiques sur le pouvoir d'achat, une colère sourde / Photo: Martin LELIEVRE - AFP/Archives

Derrière l'impuissance des politiques sur le pouvoir d'achat, une colère sourde

Flambée des prix mais marges de manoeuvre budgétaires réduites à peau de chagrin. Le gouvernement de Sébastien Lecornu assume une forme d'impuissance à améliorer le pouvoir d'achat des Français, en même temps que son inquiétude face à l'exaspération sociale qui monte.

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Sous le coup d'une hausse des prix des carburants et de certains produits alimentaires après la sécheresse exceptionnelle de l'été, deux Français sur trois (67%) ont le sentiment que leur pouvoir d'achat a baissé ces derniers mois. Un ressenti en hausse de 11 points, selon un sondage de l'institut Elabe publié jeudi.

Pourtant, le gouvernement a fermé la porte à une généralisation des aides pour compenser la poussée continue des prix de l'essence qui, comme le conflit au Moyen-Orient, s'inscrit dans la durée.

"La situation des finances publiques" ne le permet pas, a expliqué mercredi le ministère de l'Economie. Et facteur aggravant, les taux d'intérêt payés par l'Etat pour se refinancer sur les marchés internationaux atteignent des sommets, tandis que l'économie du pays "décroche" par rapport à ses voisins, selon l'Insee, qui a revu fortement en baisse jeudi sa prévision de croissance pour 2026, à 0,4% au lieu de 0,7%.

Dans un courrier aux chefs d'entreprises, le Premier ministre pointe l'"environnement économique beaucoup plus difficile qu'il y a encore quelques mois", qui engendre des "dépenses" que le gouvernement n'a "pas choisies" mais entend "assumer".

Comme la prolongation d'aides ciblées sur les carburants et un soutien de plus d'un milliard d'euros aux agriculteurs victimes des canicules et de la sécheresse estivales.

- "Exaspération" -

Autant de facteurs exogènes qui s'ajoutent aux tensions politiques intérieures sur le budget, qui ne manqueront pas d'animer les débats parlementaires à quelques mois de la présidentielle.

Pour un gouvernement sans majorité à l'Assemblée nationale et sous la pression des marchés pour réaliser des économies massives, l'exercice s'annonce encore plus périlleux.

"On est tellement sur une ligne de crête. On a zéro argent, on est à la limite d'une crise financière et on a zéro politique qui nous aide, puisque c'est la campagne présidentielle", résume une ministre.

"Le contexte est ultradur, donc la copie va être ultradure", prévient-elle.

Dans ce contexte, les Français interrogés par Elabe expriment leur "inquiétude", leur "exaspération" et leur "colère".

La ministre se dit inquiète de ce qu'elle a entendu au Forum des associations dans son département : des "propos cordiaux mais très radicalisés sur les intentions de vote" à la présidentielle, en faveur soit de Marine Le Pen (Rassemblement national) soit de Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise).

Une sénatrice du bloc central se désole d'avoir rencontré des électeurs qui "ne retiennent que les idées des extrêmes, en étant pourtant conscients que ce n'est pas financé".

- Mobilisation -

L'impuissance des politiques nourrit, outre la colère, un sentiment de déclin qui s'est invité dans la campagne, alimentée par exemple par la dernière enquête Pisa sur l'éducation, qui a acté un nouveau recul du niveau des élèves français.

Pouvoir d'achat et modèle social sont au cœur d'une première mobilisation des syndicats le 29 septembre dans la fonction publique.

"On ne peut pas, aujourd'hui, nier le fait qu'il y ait une situation budgétaire inquiétante" mais les "efforts" doivent être "partagés", soutient Marylise Léon, patronne de la CFDT, premier syndicat, qui refuse de sous-indexer les retraites sur l'inflation, une piste évoquée par le gouvernement pour réduire le déficit.

Sébastien Lecornu doit aussi tenir compte des chefs d'entreprise, à qui il a promis de baisser une surtaxe exceptionnelle, en espérant qu'ils resteront source d'emplois et de croissance.

Les candidats à la présidentielle, surtout à gauche, rivalisent de propositions pour améliorer les fins de mois, même coûteuses.

Marine Le Pen, qui avait déjà fait du pouvoir d'achat son leitmotiv de campagne en 2022, entend réduire la TVA sur les carburants à 5,5%, contre 20% actuellement, une mesure qui coûterait 12 milliards d'euros, selon l'exécutif.

Jean-Luc Mélenchon, qui s'est posé comme le défenseur du pouvoir d'achat, a appelé les patrons à augmenter les salaires. Faute de quoi, a-t-il prévenu, la consommation plongera et le pays n'échappera pas à une récession.

D'autres candidats multiplient les propositions pour essayer de réduire l'écart entre les rémunérations brute et nette.

G.Blanco--GBA