Sur le chantier de la ligne 15 du Grand Paris Express, du béton au nom du climat
Au milieu des grues, sur le chantier de la ligne 15 du futur métro souterrain circulaire autour de Paris, un tapis convoyeur charrie du sable noir à l'éclat métallique.
Juste à côté, des tonnes de béton sont coulées pour construire la gare Nanterre-la Folie qui desservira la ligne à l'ouest de Paris. Objectif: achever le Grand Paris Express d'ici 2031, le "plus grand projet d'infrastructures en Europe" selon son promoteur la Société des Grands Projets (SGP).
Pour la Banque Européenne d'investissement (BEI) qui a apporté mercredi un soutien financier supplémentaire de 3 milliards d'euros à ce gigantesque projet d'infrastructure portant au total sur 36,1 milliards d'euros, l'objectif est surtout "d'aider à réussir la décarbonation des transports" et "d'améliorer la vie quotidienne" des habitants.
Mais dans ce titanesque chantier souterrain, il est bien difficile pour un oeil non averti de percevoir quel pourrait être l'effet climatique positif d'une telle avalanche de béton.
"Il faut surtout regarder le report modal que les nouvelles lignes de métro de banlieue à banlieue permettront, c'est-à-dire le nombre de voitures qui seront retirées des routes", répond à l'AFP René Laurent Ballaguy, chef du bureau de la BEI à Paris lors d'une visite du chantier organisée par la SGP mercredi.
- "rentabilité environnementale" -
L'institution financière européenne basée à Luxembourg, qui se présente comme une "banque du climat", insiste sur le financement de projets "permettant d'atteindre les objectifs fixés par l'accord de Paris sur le climat en 2015".
"Lors de notre instruction des dossiers, nous intégrons bien sûr la rentabilité économique, mais (...) aussi un prix interne du carbone pour vérifier sa rentabilité environnementale", précise Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI.
Outre la ligne 15, le futur réseau du Grand Paris Express est composé de trois autres lignes de métro automatique sans conducteur (16, 17 et 18), et des extensions de la ligne 14 vers Orly au sud et Saint-Denis au nord, mises en service juste avant les Jeux Olympiques de Paris en 2024.
Au total, 68 gares nouvelles seront réparties sur 200 kilomètres de nouvelles voies. En reliant les banlieues entre elles, ce réseau doit permettre de doubler la taille du métro historique parisien.
Depuis 2018, le vaste chantier francilien qui a déjà subi plusieurs retards, a mobilisé 36 tunneliers, dont quatre forent encore les tréfonds du sous-sol.
Côté décarbonation, la SGP fait valoir que 90% du Grand Paris Express recourt à du béton "bas carbone".
Sa fabrication émet jusqu'à 40% de CO2 de moins qu'un béton traditionnel.
Ce matériau utilise des déchets de sidérurgie en remplacement du clinker, le composant le plus polluant du ciment très fortement émetteur des gaz à effet de serre qui réchauffent le climat.
Certains voussoirs, les blocs de béton préfabriqués en forme d'arc qui constituent les parois du tunnel sont en béton "ultra-bas carbone", affirme un ingénieur, avec des émissions de CO2 encore inférieures.
A côté du tapis convoyeur qui crache les déchets de sable noir (pyrite) excavés par le tunnelier, une grue relève soudain un voussoir dans le ciel.
La machine de forage l'ajoutera automatiquement à l'échine du tunnel, en le noyant dans le béton liquide. Depuis décembre, le tunnelier a progressé de 15 mètres par jour en moyenne en direction du quartier de la Défense.
- "Eocène, Lutétien et Ypresien" -
Le futur métro sera plus profond que le métro historique, et que le RER construit dans les années 70, souligne Elodie Leygnac Chese, ingénieure responsable du secteur.
A Nanterre-la-Folie, le chantier se situe à 25 mètres sous terre. A Saint-Cloud, à l'ouest de Paris, "nous serons à 50 mètres sous terre" dit-elle.
En creusant, les quatre tunneliers encore en activité prénommés Marine, Tiphaine, Rita et Yandé, traversent "plusieurs niveaux de nappes d'eau souterraines" en Ile-de-France, ajoute l'ingénieure en montrant une "paroi moulée", technique de béton injecté sur 80 centimètres d'épaisseur pour tenir les terrains en zone humide.
Dans le bassin parisien, "nous creusons dans l'Eocène, dans le Lutétien et dans l'Ypresien" ajoute-t-elle, trois couches géologiques du sous-sol dont la formation remonte à plusieurs dizaines de millions d'années.
D.Flores--GBA