Droits de douane: le Canada va détailler sa réponse à Trump
Le Canada doit détailler mardi sa réponse aux droits de douane imposés par les Etats-Unis et dévoiler des mesures pour soutenir son économie, au moment où le conflit commercial s'envenime entre les deux voisins, jadis proches alliés.
Plusieurs ministres canadiens, dont le ministre des Finances, tiendront une conférence de presse à Ottawa à 15H00 GMT pour détailler la "réponse du Canada aux droits de douane américains".
Ils annonceront par ailleurs "de nouvelles mesures pour protéger et soutenir les travailleurs et les entreprises du Canada durant ces temps difficiles".
Mark Carney, qui a décidé en fin de semaine de tenir tête à Donald Trump en rompant les négociations commerciales avec les Etats-Unis, avait annoncé samedi que les mesures de rétorsion canadiennes toucheraient notamment l'acier et les produits laitiers américains.
Ces mesures, d'un montant équivalent au "dollar près" aux droits de douane américains touchant le Canada depuis samedi, entreront en vigueur le 8 septembre.
Donald Trump, qui multiplie les offensives commerciales depuis son retour à la Maison Blanche début 2025, a encore fait monter la tension d'un cran lundi en annonçant que les taxes douanières sur le secteur automobile et l'acier canadiens augmenteraient à 50% au 1er janvier prochain.
La majorité de l'acier canadien entrant aux Etats-Unis est déjà taxée à 50%, mais Washington avait fait miroiter une baisse de ce taux en cas de trêve commerciale.
- "Mensonge" -
Mardi matin, le président américain, qui estime que le Canada abuse depuis des années de la générosité de Washington sur le plan commercial ou militaire, a dit penser "sérieusement à changer le nom du Lac Ontario en Lac de l'Amérique". Car "nous ne comptons plus faire beaucoup de business avec l’Ontario", riche province canadienne où le secteur automobile est très puissant, a-t-il martelé.
Le gouvernement canadien a justifié sa décision de rompre les négociations vendredi par les conditions "injustes" posées par Washington, qu'il a notamment accusé de vouloir remettre en cause le statut de la langue française, sujet politiquement sensible dans ce pays officiellement bilingue.
"Jamais, je ne me mêlerais des affaires des Canadiens francophones", a rétorqué mardi Donald Trump, niant la moindre ingérence et dénonçant sur son réseau Truth Social un "mensonge" de Mark Carney pour s'assurer du soutien de la province francophone du Québec.
Selon Ottawa, le project d'accord proposé par Washington aurait touché les subventions à la culture francophone, la place des médias francophones en ligne et l'obligation d'étiquetage bilingue des produits vendus au Canada.
Lundi, Mark Carney a répété que son pays, dont les Etats-Unis sont de très loin le premier partenaire commercial, n'accepterait pas un accord commercial avec Washington "à n'importe quel prix".
"Nous sommes prêts" car "nous avons tout ce dont nous avons besoin ici" au Canada, a-t-il affirmé, en référence notamment aux richesses du sous-sol du pays (pétrole, minéraux critiques...).
Depuis son arrivée au pouvoir en mars 2025, Mark Carney tente de réduire la dépendance de son pays à l'égard de son grand voisin en cherchant de nouveaux partenaires commerciaux en Asie ou en Europe. Il a également lancé une série de grands projets et veut notamment construire un nouvel oléoduc reliant les gisements d'hydrocarbures de l'Alberta à la côte Pacifique afin de livrer le pétrole canadien à l'Asie.
Dans un sondage mené au Canada ce week-end, 76% des personnes interrogées ont dit soutenir la rupture des négociations, et 62% se sont dits favorables aux représailles évoquées par le Premier ministre canadien.
La classe politique canadienne soutient aussi unanimement le Premier ministre. Le dirigeant de l'Ontario, Doug Ford, a critiqué vertement Donald Trump lundi, lui lançant notamment d'"aller se faire voir" et qu'il fallait "lui rouler dessus".
Washington applique depuis samedi 00H01 des surtaxes punitives touchant un total de 20 milliards de dollars de produits canadiens importés, parmi lesquels figurent notamment le ciment ou les crosses de hockey. Prévues initialement pour le 19 août, ces surtaxes américaines avaient été reportées alors qu'un accord semblait proche, avant que M. Carney ne finisse par rompre les négociations.
W.Herrera--GBA