Incendies : reconstruire à l'identique c'est "n'avoir rien compris" aux vulnérabilités, alerte une géographe
Après les mégafeux qui ont brûlé près de 450 maisons en Gironde et dans les Landes, la géographe Pauline Vilain-Carlotti alerte sur le risque de rebâtir hâtivement, pour l'essentiel à l'identique, ce qui reviendrait selon elle à "n'avoir rien compris" aux vulnérabilités de l'urbanisme actuel.
Autrice du livre "L'épreuve du feu, habiter autrement la Terre", elle appelle, dans un entretien à l'AFP, à revenir à un urbanisme adapté aux feux de forêt avec plusieurs ceintures de pare-feux entre les zones habitées et les forêts.
Lundi en Gironde, le Premier ministre Sébastien Lecornu a estimé que pour les sinistrés qui voudraient reconstruire "je ne dirais pas à l'identique (...), mais quelque chose d'équivalent, il faut que ce soit possible, et possible très rapidement".
Réponse : "Il s'agit d'une forêt hautement combustible, et, en plus, dans une région très touristique. En été, il y a un afflux de personnes qui n'ont aucune culture du risque, aucune culture du feu, qui arrivent à proximité de cette forêt très inflammable. Donc clairement, la situation est explosive dans cette région.
Reconstruire à l'identique et très vite, comme l'a dit Sébastien Lecornu, sans tirer aucune leçon, c'est n'avoir rien compris à la production de vulnérabilités territoriales qui sont une des causes majeures de l'endommagement important.
Il faut reconstruire mieux et aller davantage vers des logiques de sobriété foncière. Il va falloir limiter la constructibilité de certains terrains.
La problématique dépasse très largement le strict incendie de forêt. Face à l'ampleur des aléas climatiques, qui sont renforcés par le changement climatique, il y a des endroits où il va falloir accepter de ne plus construire, à cause du recul du trait de côte, des inondations, ou encore des incendies de forêt."
R : "La plupart des incendies se déclarent dans les interfaces habitat-forêt, donc les zones de contact entre l'humain, qui provoque les feux, et les espaces de végétation.
Les cœurs de forêt ne sont pas le problème, ce sont les lisières des communes, plutôt périurbaines.
Dans les villages traditionnels méditerranéens, on a un bourg d'habitat très dense, avec autour des champs, du maraîchage, ou de la vigne et donc une certaine humidité.
Cette ceinture agricole est un premier pare-feu.
En deuxième périphérie on a l'espace pastoral où les troupeaux s'alimentent et où on va utiliser le feu comme un outil d'entretien pour limiter la croissance de la végétation.
Cela crée un deuxième pare-feu.
Et en troisième périphérie, il y a la forêt, l'espace sauvage, qui est séparé de l'espace habité. Il n'y a pas de frontière directe mais une succession de pare-feux.
Il faut qu'on retrouve cette idée, qu'on repense l'intégralité de notre manière d'aménager les territoires pour avoir des ceintures de protection autour des zones habitées.
En France, 7.000 communes sont exposées au risque feu de forêt, mais 287 sont dotées d'un plan de prévention du risque d'incendie de forêt (qui délimite notamment des zones en fonction du niveau de risque et fait des recommandations de prévention, NDLR). C'est problématique d'avoir aussi peu intégré l'enjeu des incendies à l'urbanisme.
L'urbanisme moderne, qui favorise l'étalement urbain, le développement résidentiel et/ou touristique et qui profite de la déprise agricole, nous a fait perdre des compétences de gestion de la végétation et a produit des structures spatiales vulnérables."
R : "On a très longtemps traité les risques naturels et les risques technologiques de manière très séparée.
Aujourd'hui on parle de plus en plus des risques NaTech, la conjonction des deux : un aléa naturel va provoquer un effet cascade, l'explosion d'un site Seveso par exemple, et aggraver le risque d'endommagement sur les territoires, pour les populations et même limiter la possibilité de maîtriser l'incendie.
Les sites Seveso n'ont pas du tout été anticipés du point de vue des incendies de forêt, on a un retard sur la prise en compte des risques NaTech.
Or, on a de plus en plus d'incendies et dans des départements de plus en plus septentrionaux, donc la problématique va augmenter dans les années à venir."
P.A.Villalba--GBA