Réseaux sociaux et santé mentale : Snapchat face à un jury pour la première fois avec Instagram
Pour la première fois, la messagerie Snapchat va devoir se défendre devant un jury populaire sur les accusations d'addiction chez les jeunes, avec Instagram (Meta), déjà condamné cette année, dans un nouveau procès test qui s'ouvre mercredi à Los Angeles.
Dans la vague de poursuites lancées contre les réseaux sociaux aux États-Unis, sa maison mère Snap a jusqu'ici toujours conclu un accord à l'amiable avant l'audience, évitant ainsi le premier procès test de Los Angeles qui s'était conclu par une condamnation inédite de Meta et YouTube (Google).
Cette fois, la sélection des jurés débute mercredi et les débats, qui doivent s'ouvrir le 4 novembre, sont prévus jusqu'à la mi-décembre. Snap et Meta peuvent encore choisir de transiger d'ici le verdict.
Les patrons de Meta et de Snap, Mark Zuckerberg et Evan Spiegel, sont attendus à la barre mi-novembre, tout comme le chef d'Instagram, Adam Mosseri, selon les avocats des plaignantes.
Celles-ci accusent les plateformes d'avoir été conçues pour les rendre dépendantes, au prix de dépressions, d'anxiété, de troubles alimentaires et d'automutilation. S.J., 16 ans, de l'Illinois, a transigé avec Meta et ne poursuit plus que Snap ; K.D.B., 18 ans, du Mississippi, vise les deux groupes.
Leurs dossiers doivent servir de référence pour régler des milliers de plaintes regroupées devant la justice californienne.
- Chacun sa stratégie -
En mars, le premier jury de Los Angeles avait accordé 6 millions de dollars à une jeune femme de 20 ans, K.G.M., jugeant la négligence de Meta et YouTube en partie responsable de ses troubles. La juge Carolyn Kuhl, qui préside aussi ce deuxième procès, a confirmé le verdict en juin ; les deux groupes ont fait appel.
Depuis, les quatre plateformes visées ont suivi des chemins différents. Échaudé, YouTube transige désormais : il a réglé à l'amiable avec S.J. et K.D.B. avant ce procès. Tout comme TikTok, qui a jusqu'ici systématiquement évité les jurés et a encore accepté de verser au moins 100 millions de dollars à l'Alabama, fin septembre, pour échapper à une première comparution publique devant la justice.
Meta, cible principale de ces poursuites, s'est lui aussi mis à transiger, dans certains cas.
"Nous ne renoncerons pas à nous défendre contre des poursuites sans fondement", assurait encore un porte-parole en juillet.
Le groupe a depuis conclu un accord avec la quasi-totalité des États américains, puis la semaine dernière avec S.J., pour un montant confidentiel, selon les avocats de celle-ci.
- Pression des États américains -
L'accord conclu fin août par Meta avec les procureurs généraux, prévoyant plus de 18 milliards de dollars assortis de nouvelles limites pour les adolescents sur Instagram et Facebook, a accru la pression sur ses concurrents : une partie du paiement est suspendue à l'adoption de restrictions comparables par TikTok, YouTube et Snap.
En transigeant avec l'Alabama, TikTok a d'ailleurs accepté une limite quotidienne de deux heures et un blocage nocturne pour les mineurs, proches des mesures consenties par Meta.
Alors que de nombreux pays cherchent à encadrer, voire à interdire (Australie, Indonésie), l'usage des réseaux sociaux par les adolescents, les poursuites américaines visent la conception jugée addictive des plateformes et leurs pratiques présumées trompeuses. Comme en mars, les plaignantes attaquent ainsi les séries de messages de Snapchat ou les "likes" d'Instagram, et non les contenus, dont la loi américaine exonère largement les plateformes.
Parallèlement, une procédure fédérale distincte, menée à Oakland, près de San Francisco, regroupe des milliers d'autres plaintes de familles et de districts scolaires contre les mêmes plateformes. Les quatre groupes y ont préféré payer ensemble 27 millions de dollars en mai pour éviter un premier procès, intenté par un district scolaire du Kentucky.
Un autre district doit les affronter devant un jury en février 2027. Sauf accord à l'amiable d'ici là.
X.Sosa--GBA