Audiovisuel: publication mardi du rapport Alloncle, visé par une plainte
Ce sont près de 400 pages d'un rapport pour "sauver l'audiovisuel public" selon son auteur, le député Charles Alloncle, ou qui vise sa "destruction", selon ses contempteurs. La publication des travaux de l'élu ciottiste, dont le parti est allié au RN, est attendue mardi matin.
Avant même la publication, l'affaire déjà très polémique s'est déplacée sur le terrain judiciaire. Dans une plainte contre X déposée samedi auprès du Parquet national financier (PNF), l'association AC!! Anti-Corruption a pointé les liens présumés entre le rapporteur de la commission et la direction de Lagardère News, société de Louis Hachette Group dont la famille Bolloré est le premier actionnaire.
L'association estime que le rapporteur a influencé la teneur des débats en posant des questions suggérées par la direction de Lagardère News afin qu'ils en tirent tous deux des intérêts. Cette plainte, pour prise illégale d'intérêts et trafic d'influence, est une "énième tentative de diversion", a balayé lundi sur RTL Charles Alloncle, qui assure ne pas s'être servi des suggestions de Lagardère News.
Au bout de six mois sous haute tension, la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur "la neutralité" et "le financement de l'audiovisuel public" a adopté de justesse le rapport polémique il y a une semaine, par 12 voix contre dix, et huit abstentions.
Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), s'est prononcé pour, afin que le document soit rendu public et que "les Français puissent juger des méthodes de l'extrême droite".
La publication du rapport aura lieu mardi matin sur le site de l'Assemblée nationale, a indiqué Charles Alloncle lundi, en ajoutant espérer une traduction d'une partie de ses recommandations dans une proposition de loi en juin.
- Cure d'austérité -
La commission d'enquête avait été créée fin octobre par le groupe d'Eric Ciotti dans la foulée de l'affaire Legrand-Cohen, deux journalistes du service public accusés de connivence avec le Parti socialiste après la diffusion d'une vidéo.
Nombre des quelque 80 recommandations du rapport Alloncle ont fuité. Elles soumettraient France Télévisions à une cure d'austérité.
Le député préconise par exemple de supprimer la chaîne France 4 et France TV Slash, dédiées aux publics jeunes, pour "redéployer les moyens" sur une nouvelle offre diffusée sur France.tv et les réseaux sociaux.
France 2 et France 5 seraient fusionnées au profit d'une "grande chaîne généraliste", tandis que franceinfo et France 24 seraient aussi refondues en une seule entité. Côté radio, il suggère de supprimer le Mouv', l'antenne de Radio France dédiée au hip-hop.
L'ensemble des mesures d'économies se chiffre à plus d'un milliard d'euros, soit un quart des crédits alloués par l'État à l'audiovisuel public. La somme serait affectée à "l'entretien du patrimoine" de l'État et au désendettement du pays.
Parmi ses autres mesures, M. Alloncle propose de soumettre les figures de la télévision et de la radio publiques à une stricte neutralité, et de revenir à la nomination des dirigeants de France Télévisions et Radio France par l'Elysée, avec l'aval du Parlement. Un "retour à l'ORTF", critique un député du bloc central.
- Enjeu pour 2027 -
Pour Charles Alloncle, sa "seule victoire" serait que, "demain, l'audiovisuel public se porte mieux et que, dans un an, notamment lors de la campagne de 2027, on se dise qu'il n'y a pas besoin de privatiser" ces entreprises, a-t-il lancé depuis le plateau de Cyril Hanouna sur W9, au soir du vote.
Il n'a pas mis cette option d'une privatisation dans son rapport, qu'il a présenté à la cheffe des députés du RN, Marine Le Pen.
"Demain, à la tête du pays, nous engagerons la privatisation de l'audiovisuel public", a de son côté soutenu le président du parti d'extrême droite, Jordan Bardella, à BFMTV.
A l'opposé, les socialistes dénoncent dans le rapport Alloncle une série de "mensonges" et de "partis pris", quand les Insoumis pointent du doigt un "pamphlet idéologique".
Outre les mesures avancées, le ton employé par l'élu UDR fait bondir à gauche et au-delà, comme durant les auditions agitées de la commission.
Plusieurs groupes politiques vont joindre leurs propres contributions au rapport pour se distinguer de Charles Alloncle.
De son côté, le gouvernement assure ne pas demeurer dans "le statu quo", après la suspension du projet de holding commune pour l'audiovisuel public que portait Rachida Dati quand elle était ministre de la Culture.
Catherine Pégard, qui lui a succédé, reçoit lundi les patronnes de France Télévisions et Radio France. Elle a déclaré dimanche au Figaro vouloir une "accélération" des réformes de l'audiovisuel public tout en conservant une "grande ambition".
A.Ortiz--GBA