Aux Etats-Unis, les républicains utilisent la question transgenre comme arme politique
Face à une guerre en Iran impopulaire et une colère qui monte sur le coût de la vie, Donald Trump et les républicains agitent à nouveau les questions liées aux personnes transgenres pour s'en prendre aux démocrates, poussant certains à revenir sur leur soutien à cette cause.
Dénoncer la présence de femmes transgenres dans les compétitions sportives féminines, "c'est l'une de nos meilleures cartes" pour les élections de mi-mandat début novembre, s'est récemment félicité le milliardaire républicain.
Il s'est même dit "tétanisé" à l'idée que les démocrates ne modifient leur positionnement sur la question, tellement il est facile pour les républicains de mobiliser sur ce sujet sensible, évoqué à longueur de journée sur Fox News, la chaîne préférée des conservateurs.
Les stratèges de la droite américaine n'ont pas oublié le succès d'une publicité électorale de 2024 qui s'en prenait à la candidate démocrate Kamala Harris, finalement battue.
Le clip, utilisant les pronoms neutres employés par certaines personnes transgenres, lançait: "Kamala se bat pour iel. Le président Trump se bat pour vous."
- Positionnement minoritaire -
"Ce fut brutal, dévastateur", a plus tard reconnu Gavin Newsom, figure démocrate et gouverneur de Californie.
Depuis plus d'une dizaine d'années, les démocrates se sont largement fait les avocats d'une extension des droits des minorités LGBT+, comme la légalisation du mariage homosexuel et l'inclusion des personnes transgenres.
Mais sur ce dernier sujet, qui concerne directement une faible minorité d'Américains, le positionnement de la gauche est loin de ce que pense la majorité du pays.
Quelque 73% des Américains se disaient mal à l'aise avec la présence dans des équipes sportives de personnes transgenres dont le sexe de naissance ne correspond pas à celui de la compétition, et 66% se disaient favorables à ce que cela soit interdit, selon des chiffres de 2025 du très respecté Pew Research Center.
Ces chiffres expliquent "pourquoi les républicains sont tant à l'offensive sur la question", estime auprès de l'AFP Doug Heye, un stratège républicain.
A son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump avait promis de mettre fin à ce qu'il appelle le "délire transgenre" et a multiplié les mesures s'en prenant directement aux personnes transgenres, des compétitions sportives aux toilettes des bâtiments fédéraux.
A l'inverse, les démocrates, "en voulant plaire à tout le monde" se sont "aliéné la majorité des Américains," analyse Kurt Bardella, un ancien républicain désormais conseiller pour des démocrates.
- Rétropédalage démocrate -
Voyant là un bon filon pour mobiliser les électeurs républicains, traditionnellement moins motivés pour se rendre aux urnes quand un président de leur camp est au pouvoir, les stratèges de la droite américaine pilonnent les écrans de publicités à ce sujet.
"Marre de voir des hommes écraser des sportives sur le terrain?" interroge faussement une publicité du fonds politique d'Elon Musk, tandis qu'une personne, visiblement une drag-queen, marque un panier.
"James Talarico a voté pour laisser des hommes biologiques jouer avec les femmes. Ce n'est ni juste, ni sûr, et franchement pas texan", martèle le narrateur en évoquant ce candidat démocrate de premier plan.
En lice pour un siège disputé de sénateur du Texas, James Talarico est ramené à ses prises de position passées comme élu local.
Et, comme de nombreux démocrates à travers le pays ces dernières semaines, il a changé d'avis et affirme qu'il est désormais opposé à ce que "des athlètes transgenres jouent chez les filles si cela remet en cause l'équité ou la sécurité."
Kurt Bardella, qui conseille des démocrates, ne cache pas sa frustration qu'un tel sujet revienne sur le devant de la scène.
"C'est aussi le summum de l'absurdité de notre époque que de laisser une question qui concerne un groupe de population aussi minuscule — qui est statistiquement insignifiant, franchement — monopoliser autant le débat", estime-t-il.
L.Delgado--GBA