Logement: l'UE veut aider les villes à hausser le ton face à Airbnb
Face à la crise du logement, l'Union européenne s'apprête à dévoiler mercredi un plan pour soutenir les villes qui veulent limiter les locations de courte durée, de type Airbnb.
Bruxelles s'était engagé depuis plusieurs mois à dévoiler des mesures en faveur d'un logement "abordable".
Ce plan entend notamment offrir aux collectivités des bases juridiques pour encadrer les locations de courte durée dans les zones touristiques, où il devient de plus en plus difficile de se loger.
Le logement n'est pourtant pas dans les prérogatives de l'Union européenne habituellement.
Mais Ursula von der Leyen assure faire de cette "crise sociale" une priorité.
"Les infirmiers, les enseignants et les pompiers ne peuvent plus se permettre de vivre là où ils travaillent. Des étudiants abandonnent leurs études parce qu'ils ne peuvent plus payer leur loyer. Les jeunes repoussent leur projet de fonder une famille", avait déploré la présidente de la Commission.
De New York à Tokyo en passant par Barcelone et Paris, un nombre croissant de villes à travers le monde ont imposé ou promis des restrictions sur les locations touristiques ces dernières années.
Mais les mesures prises pour limiter leur développement en Europe sont souvent attaquées devant les tribunaux par les plateformes, de quoi dissuader certaines collectivités d'agir.
L'Union européenne veut apporter une base juridique plus solide aux villes, en clarifiant dans quelles circonstances elles peuvent intervenir sans enfreindre les règles du marché unique européen.
Selon une version de travail de ce plan consultée par l'AFP, les collectivités locales seraient autorisées à réduire l'accès aux locations de courte durée et l'achat de biens en vue de les dédier à cette activité, dans les zones classées "sous tension immobilière".
Dans ce document, sont précisés les critères permettant de définir ces zones tendues, parmi lesquels l'écart entre les prix des logements et les revenus des habitants.
- Construction insuffisante de logements -
Ces locations ne représentent qu'environ 1,2% du parc immobilier européen, mais leur part peut atteindre jusqu'à 20% dans certains quartiers très touristiques, selon les données européennes.
Détail important, cette proposition de loi ne concerne pas les propriétaires qui louent seulement leur propre résidence principale pour de courtes périodes.
L'Union européenne est en proie à une crise du logement qui frappe l'ensemble de ses 27 pays membres. Au cours des 15 dernières années, le prix des logements a augmenté de 60% et celui des locations a grimpé de près de 30%.
Cela s'explique principalement par une construction insuffisante de nouveaux logements, mais l'envolée des locations de courte durée ne fait qu'accroître la crise dans les zones les plus touristiques.
Les plateformes le contestent toutefois.
"La crise du logement en Europe requiert des solutions structurelles, et cette loi devrait se concentrer sur l'augmentation de l'offre de logements", plaide ainsi un porte-parole d'Airbnb.
"Pour l'écrasante majorité des villes, l'idée que les locations de courte durée sont responsables des tensions sur le logement ne résiste pas à l'analyse", assure aussi le CCIA, un lobby qui représente des plateformes en ligne, dont Airbnb.
Cette organisation affirme que les loyers ont continué à augmenter dans des villes qui ont instauré des restrictions. Elle prend en exemple Lisbonne, qui est récemment revenue sur certaines des limitations qu'elle avait mises en place.
P.Campos--GBA